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| Photographie, blog de Marc Lafontan. |
Le vent souffle. La pluie tombe. La rivière coule. Dans des phrases de ce genre nous voyons clairement que le sujet et le verbe ne sont qu’une seule et même chose. Il n’y a pas de vent qui ne « souffle », pas de pluie qui ne « tombe », pas de rivière qui ne « coule ». En y regardant de près, nous pouvons nous apercevoir que le sujet de l’acte est dans l’action, que l’acte lui-même est exactement son propre sujet.
Le verbe le plus répandu universellement est le verbe être : je suis, tu es, la montagne est, une rivière est. Le verbe « être » n’exprime pas l’aspect dynamique et vivant de l’univers. Pour l’exprimer nous devons dire « devenir ». Ces deux verbes peuvent être usités comme des substantiels : « être » et « devenir ». Mais être quoi ? Devenir quoi ? « Devenir » veut dire évoluer continuellement et est aussi universel que le verbe « être ». Il n’est pas possible d’exprimer l’ « être » d’un phénomène et son « devenir » comme s’ils étaient indépendants l’un de l’autre. Dans le cas du vent, « souffler » est l’être et le devenir. Pour la pluie, son être et sont devenir sont de « tomber ». Pour la rivière, son être et son devenir sont de « couler ».
Nous disons que « la pluie tombe », mais « tomber n’est pas le terme le plus précis. La neige, les feuilles, et même les radiations tombent aussi. Si nous disons « pleuvoir », ce serait une description plus précise de l’action du sujet « pluie ». Nous pouvons dire : « La pluie pleut », pour décrire cette activité, en utilisant « pluie » à la fois comme sujet et comme verbe. Ou nous pouvons simplement déclarer « pleuvoir », ou même « pluie ». De la même façon, nous pouvons dire : « Le peintre peint », « le lecteur lit », le « méditant médite ». En suivant ce modèle d’utilisation, nous pouvons aussi déclarer : « le roi roi », « la montagne montagne », « le nuage nuage ». La raison d’existence du roi est de régner, d’agir en roi. La raison d’existence de la montagne est d’être, d’agir et de se conduire en montagne. Un roi « étant-agissant » signifie faire ce qu’un roi fait – régner sur le peuple, donner des audiences royales, et des milliers d’autres choses. Ainsi, comme dans le cas de « la pluie pleut », nous pouvons nous contenter de dire : « Le roi roi ». Donc, le premier mot est le sujet et le second, le verbe, un verbe qui n’est pas universel, un verbe utilisé uniquement pour les rois. Par conséquent, chaque sujet devient un verbe, et le verbe est l’être du sujet. À nos oreilles : « le peintre peint », sonne mieux que « le roi roi » ; mais en fait il n’y a pas de différence entre les deux expressions. Il y a de cela bien longtemps, Confucius utilisa ce type de langage. Il déclara : « le roi roi, le sujet sujette, les parents parentent, les jeunes jeunent. » Ce qui signifie : « Le roi est-fait le roi, « Le sujet est-fait le sujet », etc. Nous pouvons ajouter de plus amples explications comme : « Le roi fait son devoir de roi », ou »Un roi doit servir sincèrement en tant que roi », mais en fin de compte, ces ajouts et ces embellissements n’apportent rien. (...) Chaque action est son propre sujet...
Extrait de "La Vision profonde",
Thich Nhat Hanh.
Editions Albin Michel, 1995.

